MON COMING OUT...
À 75 ans, il serait peut-être temps...
Bon... puisque nous sommes entre nous, il faut que je vous avoue quelque chose.
Depuis quelque temps, je mène une sorte de double vie. Rien de très sulfureux, je vous rassure (ah zut, vous êtes déçus). Simplement, je passe une bonne partie de mon temps à réfléchir, discuter, lire, corriger, participer à des réunions, en organiser d'autres...autour d'un sujet qui n'était pas à priori mon sujet de prédilection : la démocratie.
Oui, je sais, il y a plus léger pour commencer un mail. Mais franchement, ce qui m'arrive est plutôt amusant : à 75 ans, au lieu de devenir raisonnable (je ne l'ai jamais été vraiment !) me voilà embarquée dans une aventure politique. Enfin... politique, oui, mais trans-partisanne. Trans-partisanne parce qu'il ne s'agit pas de choisir un camp contre un autre, ni de décider que les bonnes (ou mauvaises) idées seraient forcément de gauche, de droite ou du milieu. Autrement dit, et sauf bouleversement majeur de ma personnalité, je ne vais pas vous expliquer pour qui vous devriez voter (ouf 😅).
Cette aventure s'appelle le # PIC, le Pari de l'Intelligence Collective. J'y suis entrée doucement, par curiosité d'abord, Puis je m’y suis intéressée de plus près. Puis franchement passionnée. Et aujourd’hui, autant vous le dire, j'y suis à fond ! Bref, il faut bien appeler les choses par leur nom : je vous fais mon coming out politique.
Voilà, c'est dit.
Mais puisque j’en suis aux confidences, autant aller jusqu’au bout : je vais enfreindre une règle familiale avec laquelle j’ai grandi - et que j’ai respectée toute ma vie : je vais utiliser le nom de ma grand-mère.
Pas en vain, je vous rassure. 😉 Mais délibérément.
Elle s’appelait Berty Albrecht.
Peut-être connaissez-vous son nom. Peut-être pas. Berty fut la co-fondatrice, avec Henri Frenay, du mouvement de Résistance Combat. Arrêtée par la Gestapo, emprisonnée et torturée, elle se donna la mort à la prison de Fresnes en 1943. Elle fut faite, à titre posthume, Compagnon de la Libération - l’Ordre créé par le général de Gaulle en 1940 - et repose aujourd'hui dans la crypte du Mémorial de la France combattante, au Mont Valérien.
Ça, c'est Berty dans les livres d'Histoire. Quant à moi, évidemment, je ne l'ai pas connue. Elle est morte en 1943 et je suis née en 1951. Mais j'ai grandi avec elle malgré tout, à travers ma mère Mireille, sa fille. Elle me parlait de sa mère, mais elle me parlait finalement assez peu de la résistante et de la guerre. Elle ne voulait surtout pas que je grandisse écrasée - ou simplement ennuyée ! - par le poids de cette histoire familiale.
Ce qu’elle me racontait, c’était sa mère. Une femme libre, anticonformiste, résolument féministe, avec un sacré caractère, des convictions et des colères, mais aussi beaucoup d’humour. Ma mère me racontait leurs fous rires - et j’aimais cette Berty-là : non pas une héroïne figée dans l’Histoire, mais une femme vivante, qui riait, s’enthousiasmait, se révoltait et bousculait volontiers les idées reçues.
Et parmi tout ce que ma mère m'a raconté, il y a une chose qui me revient beaucoup depuis que je participe au # PIC : Berty pensait qu'une fois la guerre gagnée, il ne suffirait pas de reconstruire la France. Il faudrait aussi reconstruire la démocratie : réfléchir autrement à la manière dont le pouvoir s'exerce, donner aux citoyens une place réelle dans les décisions qui façonnent leur vie, et éviter que quelques-uns finissent toujours par décider pour tous les autres.
Elle s'était même beaucoup intéressée au communisme, avant de comprendre que le régime soviétique avait réussi ce tour de force assez sinistre : prétendre rendre le pouvoir au peuple...tout en le lui confisquant.
Et c'est exactement cette réflexion qui m'a conduite au # PIC.
Regardez un peu comment nous faisons fonctionner notre démocratie. Nous votons. Quelqu'un gagne. Il décide. Nous sommes d'accord ou pas d'accord. Nous râlons - avec un certain talent national, reconnaissons-le. Puis nous revotons. Et ainsi de suite.
Alors, je ne sais pas vous, mais moi, ça ne me suffit plus. Je ne veux pas seulement choisir qui décidera à ma place. Je veux que les citoyens puissent participer eux-mêmes aux décisions. Non pas en répondant oui ou non à une question simpliste sur Internet, ni en additionnant les opinions des uns et des autres, et encore moins en demandant son avis à celui qui crie le plus fort. Mais en faisant quelque chose que nous pratiquons finalement assez peu : réfléchir ensemble. Prendre le temps de comprendre un problème, avoir accès aux mêmes informations, écouter des gens qui ne pensent pas comme nous, confronter nos expériences, accepter qu'une question puisse être compliquée. Et même - allez, soyons fous - changer d'avis lorsqu'un autre argument est meilleur que le nôtre.
C'est cela l'intelligence collective, et c'est cela que j'ai trouvé dans le PIC.
Alors pourquoi pourquoi diable vous parler de Berty ? C'est là que cela a été un peu délicat pour moi, car ma mère m’avait transmis une règle très claire : on ne se sert pas du nom de Berty. Son courage était le sien. Son histoire était la sienne. Et être sa fille ou sa petite-fille ne nous donnait aucun mérite particulier.
Ce principe n’avait d’ailleurs rien de théorique car le nom de Berty avait du poids - et il en a encore. Si ma mère, puis moi-même, avions voulu nous en servir comme d’un passeport, il nous aurait sans aucun doute ouvert bien des portes, notamment dans les cercles du pouvoir ou à leurs abords. Nous avons toujours choisi de ne pas les pousser.
Cette règle, je l’ai respectée toute ma vie. Et je continue à penser qu’elle est juste.
Mais depuis quelque temps, une petite voix me dit : « D’accord. Mais si tu ne te sers pas de son nom pour toi ? Si tu le mets au service d’une idée ?" Et comme cette idée, ce projet, est au service du bien commun et de notre nation, j'ai décidé, à 75 ans, de désobéir un tout petit peu à ma mère. Ce qui, vous en conviendrez, est un âge assez raisonnable pour commencer !
Je ne vais surtout pas vous dire : "Berty aurait soutenu le PIC", et je me garderais bien de la faire parler à titre posthume ! Mais il y a une chose que je sais, c'est que les questions qui sont au coeur du PIC - la démocratie, le pouvoir, la souveraineté du peuple, notre capacité à décider ensemble - étaient déjà profondément les siennes.
Alors peut-être est-ce aussi ma manière de reprendre, très modestement - et très tardivement ! - le fil d’une transmission familiale qui a commencé bien avant ma naissance.
Voilà, cette fois, je crois bien que mon coming out est complet :
Je suis la petite-fille de Berty Albrecht. J'ai 75 ans (bon pied bon oeil Dieu merci !). Et je crois dur comme fer que nous pouvons ensemble réinventer notre démocratie.
Si tout cela vous intrigue, si, comme moi, vous aspirez à une véritable démocratie, ne me croyez surtout pas sur parole. Allez voir, lisez, questionnez, contestez, venez discuter avec nous. Et si, à votre tour, vous vous dites qu'il y a peut-être quelque chose à tenter, parions ensemble : il nous reste encore cinq mois pour changer le cours des choses !
... Et si on pouvait y arriver avant mes 80 ans, ce serait magnifique !